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Mercredi 28 décembre 3 28 /12 /Déc 15:48

"A l'échelle d'une carrière, Drive marque un tournant. Pour la première fois, le nouveau Winding Refn est attendu comme le messie non par quelques illuminés avertis, mais par l'ensemble de la plèbe curieuse et civilisée. La somptueuse BO qui précède le film augure du meilleur, l'univers arboré semble à la fois adapté aux manies du cinéaste et à des espérances variées ; Drive sera un argument cinéphile, un atout ''in'', un objet tendancieux et clinquant. Il l'est désormais, pourtant on pouvait rêver mieux."

 

La suite sera sur Zogarok dès le 1er janvier. Mon nouvel écrin ouvre le 31 décembre et fera la synthèse des morceaux les plus importants de ma BlogOsphère. Le Cinéma y sera donc au premier plan.

 

Ce déménagement intervient au moment ou je revient vers Videodrome/New Flesh, cependant ce Blog pourra servir de nouveau, mais de façon épisodique (pour certains articles spéciaux, peut-être ?). Pour ceux qui ont remarqué que SFG/Pink de Canalblog poursuivait son activité (et celle de ce Blog-ci d'ailleurs) : merci, déjà, d'être si attentif. Ensuite, le 1er "Sympathy for the Grotesque" (et 2nd Pinksat - tout ça est très alambiqué) est effectivement fermé à tout jamais, simplement j'ai toujours reporté la publication de certains articles, parfois au lieu d'en faire des ''brouillons'' ; les nouvelles chroniques était en quelques sortes les voix d'outre-tombe d'un astre mort ; désormais, ces articles basculeront vers Zogarok, et peut-être vers Videodrome.

 

En effet, lors de mon retour, je me suis inscrit à plusieurs communautés cinéma OverBlog (trois, avec deux réponses pour le moment), et je compte bien participer, ne serait-ce que modestement, à leur activité.

 

 

 

 

 

 

Ouverture du nouveau Blog accomplie :

 

http://zogarok.wordpress.com


Par videodrome - Publié dans : BlogOsphère & Index
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Jeudi 13 octobre 4 13 /10 /Oct 00:00

La Trilogie de la Mort réunit trois courts-métrages de Nacho Cerda, réalisés sur une quinzaine d'années et précédant son premier long, le mal-aimé Abandonnée.

Si le premier opus peut largement être ignoré et tenu pour un bon film de fin d'études, le second est un briseur de tabous d'une impudence salutaire et le dernier un exercice de style visant la perfection.

Ce tryptique néglige largement le scénario (sauf peut-être Awakening) et la parole pour leur préférer la recherche de sensations inédites, dérangeantes ou sublimes. Mission accomplie : l'ensemble est beau et déroutant.

 

 

 

 

 

AWAKENING**

3sur5Avec ce court-métrage de fin d'études, Nacho Cerda entamait sans le savoir sa Trilogie de la Mort. Le pitsch est simple et loufoque ; un étudiant s'endort en classe avant de se réveiller dans l'intemporalité. L'immersion est réussie mais ce petit film fauché manque cruellement d'originalité, voir de sens, au-delà de sa trame minimaliste. Jusqu'aux révélations finales justifiant l'inscription du film dans la fameuse trilogie, Nacho Cerda se contente d'un simple exercice de style, dans le fond assez scolaire. Le leitmotiv ''métaphysique'', jamais dépassé, apparaît plus comme un cache-misère que comme une authentique proposition. Néanmoins, la vision de l'imminence de la Mort, vers laquelle s'achemine ce film de 8 min, est sincère et satisfait la curiosité, sans être renversante. Par son caractère abscons et ses effets, naifs et lourds mais indéniablement séduisants sur le plan purement esthétique, Awakening a tout de même un certain charme. Quoique rien n'y laisse présager un auteur de génie.

 

Note globale : 57

 

Court-métrage espagnol de Nacho Cerda (1990)

 

 

 

 

   

 

 

AFTERMATH ***

 

3sur5 Dans une morgue : travail de déballage et récupérage d'organes sous toutes ses formes. La besogne, quoi : que du bonheur (et des intestins qui traînent). Un des praticiens semble peiner à se ''contenir''. Il a l'air de pester en silence ; il retarde la résurgence de ses instincts. Bientôt, il ira donner vie à ses pulsions en allant s'expérimenter sur le corps d'une jeune fille décédée. Viol par arme blanche ; et puis, oh, après tout, il n'est jamais trop tard...

 

Cerda ne cherche pas à rendre ''l'objet'' sensuel, il préfère le présenter sous un cachet clinique et élégant. Cette sophistication du malsain débouche sur ce qui constitue, en outre, sans doute l'une des ''boucheries'' les plus raffinées qu'il ait été offert (POAKd'Iskanov a son concurrent direct). A l'inverse de Awakening, la réalisation ici est parfaite, ultra réaliste, ample et précise.

 

Le nouveau cinéaste aspirait à mettre en scène la beauté paradoxale (parce qu'éthiquement ''inacceptable'') d'un geste ; et il a réussi, de façon paroxystique. Il nous berce avec le Requiem de Mozart et n'autorise aucun dialogue (comme dans Awakening), laissant seul le spectateur devant ''l'expérience'' (c'est une option positive). Après tout, à quoi bon faire du cinéma, à quoi bon faire tout simplement, si ce n'est pas pour ré-envisager le Monde comme si soudain il était nu ?

 

Note globale : 70

 

Court-métrage espagnol de Nacho Cerda (1994)

 

Notoriété>1.500 sur IMDB ; 35 sur allocine

Votes public>65 sur IMDB ; 60 sur Allocine (France)

 

Cinémas de l'extrême...Henry, portrait of a serial killer + Philosophy of a Knife + A Serbian Film

Perversions incompatibles avec le Monde Moderne...The Human Centipede (first sequence)

Cervelle nature... Hannibal + Hellraiser II, les Ecorchés/Hellbound

 

 

 

 

 

La somptueuse scène finale (à partir de 5:20)

 

Voir le film sur Youtube, partie 1

 

GENESIS

 

4sur5 Le dernier opus de la trilogie, le meilleur. Aux scènes-chocs d'Aftermath succède un film tout aussi brillamment mis en scène, mais absolument emphatique et en cela en total contrepoint avec l'état des lieux clinique de son prédécesseur, voir même de Awakening. Un scuplteur achève la statue représentant sa défunte épouse ; mais le statue saigne sans raisons et le ciment se craquelle...

 

Avec un sujet si romantique, Cerda trouve le meilleur écrin de la trilogie pour développer un fantastique poétique. Il incruste au quotidien dépressif et anxiogène de son héros des scènes de cauchemars inspirées. L'oeuvre baigne dans un lyrisme mortifère exquis. Ce travail du sublime culmine lors d'un final beau à s'en damner, subjuguant toute la dimension tragique de cet amour aliénant et perdu à jamais. Le Concierto para Oboe, version Luis Cobos, en fait un moment magique.

 

Genesis n'est évidemment pas aussi dérangeant que Aftermath, néanmoins sa vision finale interpelle l'esprit et trouble les sens. L'oeuvre ne cherche pas la démonstration et le scénario reste minimaliste, orienté tout entiers sur les sensations du protagoniste solitaire. Il ne s'agit que de mettre en images un idéal baroque de la création ; un vaste programme auquel Cerda parvient à se mesurer. On se souviendra de ce grand petit film aux envolées dignes du Ridley Scott le plus en formes.

 

 

Note globale : 78

 

Court-métrage espagnol de Nacho Cerda

 

Notoriété>500 sur IMDB ; 30 sur allocine

Votes public>73 sur IMDB(légère tendance f.) ; 70sur Allocine (France)

 

 

 

 

Et pour ceux qui ont vus, il faut choisir :

 

 

 
Par Videodrome - Publié dans : COURT-METRAGES
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Lundi 12 septembre 1 12 /09 /Sep 16:38

 

 

LA VIE DES AUTRES ***

 

3sur5 Succès surprise en 2006, La Vie des Autres participe de la mouvance du cinéma politique allemand apparu dans les années 2000 et porté par d'autres mastodontes comme La Chute ou Goodbye Lenin. Von Donnermack y ausculte l'échec du régime de la RDA par le biais de l'effondrement brutal des certitudes d'un officier de la Stasi. Celui-ci est chargé d'écouter des intellectuels réfractaires au régime, mis sous surveillance accrue dans le but de leur trouver des mobiles répréhensibles par la loi et l'idéologie. Mais l'homme est intrigué par ce couple et va étouffer les preuves saisies.

 

Premier motif de satisfaction, la mise en scène, sobre, attentive aux émotions des personnages et au service exclusif de son sujet. La reconstitution historique est impeccable, sans être scolaire, mais le film est d'abord un exemple de cinéma idéaliste et humaniste. Dans la réalité n'a été recensé aucun cas similaire à celui exposé dans le film ; un membre de la Stasi protégeant des adversaires de l'unité post-marxiste, c'est donc pure uchronie dans le sens ou la fiction module les propriétés de l'Histoire. Soulignons cependant qu'aux yeux du Monde, le geste de l'espion reste inconnu. La Vie des Autres s'aliène presque un rôle d'exutoire citoyen en fantasmant sur la bonté secrète d'Allemands de l'ombre ; cette perspective, bien qu'un peu romantique, a le mérite de rompre avec l'idée-piège et consensuelle du ''tous pourris''.

 

C'est cependant là une limite du film ; ses bons sentiments balayent tout. Et bien que l'ensemble soit peu manichéen, Von Donnermack dresse un portrait simpliste de certains personnages (le ministre de la Culture, sorte d'ogre soft archétypal – peu convaincant, en tant qu'individu comme en temps qu'archétype justement), ou les dote d'une ambivalence trop tranchée et poussive. C'est le cas du personnage principal dont le revirement apparaît comme une illumination quelque peu précipitée pour être crédible.

 

Mais l'originalité du parti-pris et le brio de la narration emportent l'adhésion. Malgré les réserves qu'on peut émettre sur le fond, La Vie des Autres est captivant pour deux grandes raisons. La première, c'est sa peinture d'une oppression par les forces dominantes. Les allers-retours de la caméra entre les ''deux camps'' instaurent un climat à la fois sensible et paranoiaque. La seconde, c'est les qualités indéniables de ce document d'une époque.Le dossier est fourni et précieux, fruit de longs travaux d'investigations. C'est d'autant plus satisfaisant que La Vie des Autres reste, à ce jour, l'une des rares plongées dans la RDA aperçues au cinéma.

 

Note globale : 70

 

Film allemand de Florian Henckel Von Donnermack (2006)

Avec Ulrich Muhe, Thomas Thieme, Martina Gedeck, Sebastian Koch

 

 

 

FAUSTO 5.0 ***

 

3sur5  Ca démarre très fort, les trois co-réalisateurs installant un monde proche du notre mais ou la réalité est sensiblement décalée ; c'est une sorte de monde parallèle dégradé ou les hommes n'ont guère de pudeur. Fausto 5.0, en adoptant les perceptions d'un personnage se sentant plongé dans un monde désincarné, absurde et malsain, travaille par la même occasion la perception du spectateur. En ancrant son récit autour de repères connus tout en emmenant dans un monde onirique, le trio de réalisateurs offre un moyen d'accroche et saura attirer à lui les plus réfractaires à ce genre d'atmosphères nébuleuses.

 

Pourquoi alors émettre des réserves pour ce qui semble constituer, aux yeux de ce Blog, un film de prédilection ? Parce que les promesses ne sont pas tenues et que l'oeuvre se mord la queue. D'un côté, il y a la visite d'un futur proche vaguement décadent, avec ces manies de gentleman urbain et distant. Agréable immersion. Toutes proportions gardées, c'est esthétiquement presqu'aussi déroutant qu'un Avalon. D'un autre, il y a comme une perte de souffle dans la seconde partie, pour ne pas dire un véritable bug.

 

Le pacte faustien a déjà été l'objet de nombreuses adaptations, comme La Beauté du Diable, film français des 50's par René Clément, une oeuvre survitaminée et profondément audacieuse pour son époque. Sauf que Fausto 5.0, lui, tout plaisant qu'il est, n'est pas en avance sur son temps ; esthétiquement, c'est un trip façon MTV relevé par une verve auteurisante. 

 

C'est là le problème ; voici un cauchemar chic et envoûtant, mais dont l'imaginaire, malgré quelques démonstrations surprenantes au départ, se trouve bientôt freiné par les clichés du délire kafkaien et d'une certaine culture du glauque. Le trio d'auteurs dresse une caricature de la déchéance dans la seconde moitié du film, avec heavy-metal, baisodrome, happening SM et cynisme outré. Et encore, de tout cela, c'est à peine si nous avons l'occasion d'y goûter, comme si l'éthique du personnage principal nous retenait toujours. En outre, la dimension philosophique du sujet est traité avec une rigidité auteurisante qui confirme, par sa naiveté, les limites de ce pari. 

 

Le film suit le schéma attendu sans réserver de surprises ; après l'ivresse de ce Dr très carré et conventionnel, adepte du risque zéro, ce dernier paye le prix de sa faute de jugement. L'homme voit sa vie lui filer entre les doigts après s'être abandonné aux vices... Le film conserve un charme étrange jusqu'au-bout, qui tient autant à ses qualités plastiques qu'à ses acteurs, mais ce n'est plus le même enthousiasme qui nous imprègne. Par ailleurs, en émaillant quelques bizarreries auxquelles il ne donnera pas de réponses, Fausto 5.0 perd définitivement toute crédibilité quand à son propos de fond ; c'était juste un exercice de style et la vieille un bon vieux gimmick passé par là pour installer la couleur locale. On aura toutefois pu apprécier sa prestation évoquant une certaine sirène des radiateurs d'Eraserhead.

 

La vraie force de l'oeuvre tient peut-être à ce qu'elle fait des interactions entre Faust et sa victime : un buddy-movie contraint et surnaturel. Ici le démon est un clown à l'américaine, un lourdeau attachant pour le spectateur, d'autant plus inquiétant qu'il reste imprévisible et qu'on est amené à redouter à chaque seconde un brutal revirement de sa part, ou le début d'un abus de pouvoir. 

 

Note globale : 69

 

 

LA METHODE ***

 

3sur5  Une grande entreprise soumet sept candidats au même poste à une série de tests particulièrement pervers, issus de la méthode de recrutement "Gronholm". A quoi sont prêts les finalistes pour atteindre leur but ? C'est l'occasion de mesurer leurs aptitudes et leur résistance émotionnelle face à des conflits particulièrement dérangeants, de trouver une place par rapport au groupe. Ces rats de laboratoires doivent se donner, exhiber leurs limites et faire la preuve de leur potentiel. Dès lors, chacun analyse, jauge l'autre, évalue l'utilité et la loyauté de ses concurrents dans tout un ensemble de contextes probables en général, quelquefois fantaisistes. 

Adapté d'une pièce de théâtre, La Méthode propose donc ce jeu passionnant et impitoyable à sept candidats pris en otage par la cruauté d'un système. Le film est tout entier voué aux rapports de force et si la mise en scène reste à hauteur des personnages, Marcelo Pineyro tire une grande intensité psychologique du concept,  retravaillé pour le grand écran par un scénariste d'Amenabar. Réduit à l'état de combattants et traités comme des fauves, les personnages subissent en quelque sorte la même épreuve que ceux de Battle Royale, à ceci près que ce n'est pas leur vie qui dépend de l'issue des joutes, mais leur honneur. 

On passera sur le commentaire très balourd concernant le capitalisme et la loi du marché. Car le message est clair : le capitalisme, cet ogre, emporte tout. Souvenons-nous plutôt d'un huis-clos auscultant les rapports de groupe et la volonté de puissance des hommes. Cela dans un cadre a-priori bienveillant et civilisé. Bien joué !

 

Note globale : 68

 

Film espagnol de Marcelo Pineyro (2006)

Avec Eduardo Noriega, Najwa Nimri, Eduard Fernandez, Pablo Echarri

 

 

 

BLACK DEATH ***

 

3sur5 Auteur du curieux et inégal Creep, Christopher Smith mériterait bien un César du Meilleur espoir pour la décennie à venir. Loin de là, son dernier film n'a pas eu les honneurs de la sortie en salle (en France du moins), mais se forge une réputation solide chez les cinéphiles. Ils n'ont pas tort ; série B un peu cheap mais tranchante, Black Death est un âpre voyage au bout de l'enfer dans un contexte médiéval. Dans le registre, on a vu mieux, inévitablement, mais ce film sera au moins un bel ersatz.

 

Dans un premier temps, Black Death s'inscrit expressément sur le terrain du bis de prestige (grandiloquence assumée et beauté plastique incontestable), se rangeant ainsi parmi les déshérités dont on comprend mal l'injustice d'une sortie en direct-to-video sur le timide sol national (ou justement, qu'on comprend trop bien, et c'est à vomir la rigidité française).

 

Black Death brasse de multiples influences ; Christopher Smith a manifestement vu Aguirre ou Valhalla Rising et les avait en tête pour le second tiers de son métrage. Son oeuvre est alors évidemment moins intense que ces deux modèles, mais on y retrouve ces hommes déchaînant leur fureur sous le prétexte d'un idéal, et qui, par convoitise (mais elle est davantage ''idéologique'' ici), court à leur perte.

 

Sur ce quatrième essai, Smith évite toute forme d'excès gratuits et racoleurs, même lors des batailles armées, préférant adopter un ton réaliste. Le parti-pris est surprenant, surtout lorsqu'on réalise que Black Death donne dans l'existentialisme anachronique, un peu à la façon de Ridley Scott (même si Black Death supportera évidemment avec difficulté la comparaison). Le spectateur s'attache aisément à ces personnages pétris de valeurs et tiraillés entre leurs devoirs et leur soif de liberté, pour ne pas dire leur volonté de puissance. C'est notamment le cas du jeune moine, dont les convictions et sentiments sont testés sans relâche.

 

La critique de la religion, la façon dont on se l'approprie et détourne ses commandements, apparaît un peu éculée et peu convaincante pendant l'ensemble du métrage, gagne une nouvelle dimension lors du passionnant dernier tiers ou les personnages sont amenés à repousser les limites de leur conscience, et de leur confiance en leur foi. Deux fanatismes s'affrontent ; l'un gagne la mort et la souffrance à réclamer martyr et héroisme ; l'autre perd toute son intégrité par sa démonstration d'intolérance. L'utopie agnostique use de méthodes tout aussi brutales que ceux qu'elle vilipende, ce qui enraye totalement son discours progressiste. Au final, cette épreuve révèle l'impossibilité du compromis dans un contexte de crasse, de violence et d'obscurantisme, mais aussi dans les situations ou un idéal de civilisation trop abstrait a pris la pas sur les désirs des hommes. Black Death donne le sentiment de se développer comme une dissertation ; malgré quelques arguments scolaires, la copie est bonne, parce que les conclusions tirées sont hautement réfléchies. Alors soudain le film s'arrête trop vite, et surtout, s'achève quand c'était un autre qui semblait démarrer.

 

 

 

Note globale : 66

 

Film allemand (cinéaste UK) de Christopher Smith (2011)

 

>> Lire la chronique beaucoup plus ouvertement enthousiaste de Voracinéphile (JamesLuctor)

 

 

 

ENTRE LES MURS ***

 

3sur5 Sortie à une époque ou le débat autour de l'éducation nationale et de sa présupposée décrépitude battait son plein, et alors que l'ère de la sanction rendait nostalgiques de nombreux de nos concitoyens, la Palme d'Or 2008 a été quelque peu dépassée par son succès ; son sujet a finalement écrasé le film lui-même, au point qu'Entre les Murs est de ces films sur lesquels tout le monde a un avis alors même que beaucoup ne se sont pas souciés de l'avoir vu.

 

Entre les Murs est un travail d'anthropologie d'une débandabe, d'une classe de collégiens ordinaires, ou règne l'anti-intellectualisme, les opinions préfabriquées et le dédain de la différence alors même qu'on réclame le respect au nom de celle-ci. Une classe normale d'aujourd'hui, une jungle ou chacun aimerait affirmer son identité mais se soumet à une forme d'uniformité rassurante.

 

Dans son approche, Cantet opte pour un didactisme citoyen ; chaque élément d'un panel représentatif défile, chaque partie a son temps de parole. Ce déroulé quelque peu schématique ne gêne pas, au contraire, parce qu'il fait d'Entre les murs un état des lieux lucide, apporte une vision globale à son sujet. En explorant à fond les éléments du débat qu'il met activement en relief, Entre les Murs passionne.

 

L'immersion est réaliste, donc prévisible, pourtant le film fonctionne parce qu'il fait écho à ce que chacun a pu connaître. A ceux-là, c'est-à-dire à peu près à tout le monde, il propose de remettre les choses à plat. On retrouve bien ce goût de l'étude sociale à la neutralité militante chère à Laurent Cantet (L'Emploi du Temps), qui a toujours réfuté les jugements et les conclusions hâtives pour peser la réalité sans imposer un point de vue définitif. C'est ce qui rendait Vers le Sud assez inconséquent à terme ; ici, le film concentre toute la matière à débattre en écartant les graisses idéalistes. On peut dire que Laurent Cantet a monté un dossier, ni défenseur ni accusateur, en se contentant de le remettre à un public désormais armé et averti. Et qui surtout ne pourra plus faire semblant d'être désinformé.

 

On pourra accuser le film de chercher le consensus, mais il a le mérite d'éviter les jugements à l'emporte-pièce, tout esprit partisan et toutes caricatures faciles. Entre les murs n'apporte pas de réponses (quel écueil – et surtout quelle prétention aberrante ç'aurait été- !) mais n'a pas peur de la complexité ; c'est déjà suffisamment édifiant pour le cinéma social français.

 

Note globale : 66

 

Film français de Laurent Cantet

xx

Par videodrome - Publié dans : Séances Express
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Samedi 16 juillet 6 16 /07 /Juil 00:00

Cet article évoque les quatre opus de la saga "Die Hard", chacun de façon isolée. 

 

PIEGE DE CRISTAL - DIE HARD ***

3sur5  C'est le film d'action américain dans toute sa splendeur et ses limites, aux failles abyssales et aux sommets olympiens. Après le succès de Predator, John McTiernan a carte blanche : il récupère un scénario qu'il édulcore volontiers pour ouvrir la voie à une nouvelle démarche de genre. Au diable les agents secrets idéalisés, les héros-modèles, John McLane est un Monsieur-tout-le-monde dans les grandes largeurs, à ceci près qu'il est flic et accessoirement l'homme toujours ''au mauvais endroit au mauvais moment'' [et aussi un mec misogyne] : c'est le postulat de Die Hard, décliné dans ses suites.

 

Piège de cristal initie le concept de l'action 100% décontractée, mariant légèreté revendiquée et spectaculaire, humour ''impromptu'' et violence frondeuse. Un vrai défouloir, mais pas seulement : la mise en scène est virtuose et après la linéarité assourdissante de Predator, McTiernan étonne. Le terrain de jeu de la prise d'otages dont McLane est le fâcheux point de détail imprévu, une tour de 40 étages, est un théâtre de tous les contraires [ambiances, échelles de plans, filtres, lieux ''souterrains'' ouverts à tous les possibles/lieux ''clinquants'' et QG] ou le tâcheron devenu cinéaste embrasse l'espace avec une maîtrise défiant tous les Heat : la mise en scène est un modèle d'élégance, modèle définitif dans son genre.

 

Le film gagne aussi à être ancré dans un relatif réalisme social [plus vif dans le script initial, mettant en scène d'authentiques terroristes au lieu de cambrioleurs de haut vol], écho souvent absent chez des pontes de l'action, comme Cameron en général [exception faite de son Terminator]. Jamais sentencieux pour autant, Die Hard ne freine pas devant les clichés, mais a le mérite de prendre ses accès sentimentalistes généralement à revers. Du coup, lorsqu'un flic black retrouve la gachette, son ennemie intime depuis qu'il l'a usée à tort, pour l'employer au moment propice, on est un peu désolé de constater pareil élan réac : mais aussitôt une fois encore le film enchaîne sur une vanne de McLane.

 

Idem pour l'aspect ''famille'', qui paraît malvenu, ou tout simplement lourd. Malgré sa malice, Die Hard n'évite pas ce soupçon de gravité qui le rattache au foyer du tout-public : encore un peu timoré dans le fond. Sa désinvolture ne l'est pas moins : le couple de durs à cuirs est évidemment sympathiques, mais les coups de gueule de Madame, aguicheurs mais terriblement naifs [platement démagos ? -mais sans plus de raison de s'inquiéter-]. Il en va de même pour la répartie inlassable de McLane qui tient souvent de la pochade nanardesque. Die Hard veut accentuer et faire cohabiter élégance suprême et lénifiante bourrine attitude et y parvient. S'il s'amuse -et nous convainc-, de façon un peu appuyée mais sans virer à la démonstration, des stéréotypes qu'il convoque [les Johnson et Johnson du FBI ; puis les autres, car chacun en prend pour son grade – ''méchants'' très charismatiques cependant et heureusement], Die Hard manque cependant d'élaboration au-delà du côté strictement formel. En substance, les rouages de sa ''coolitude'' sont trop visibles et donc ne fonctionne pas [ou plus ?] toujours. Néanmoins, nous tenons là une référence des 90's [elle engendre un type d'héros moderne nouveau] dont la dynamique du trivial sophistiqué [interchangeable] jouit et jouira longtemps de beaux restes.

 

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58 MINUTES POUR VIVRE (DIE HARD 2) **

3sur5 Les suites de Die Hard reprendront le même principe du flic embarqué dans de périlleuses aventures à cause de sa poisse exemplaire, quoique John McLane ait souvent beaucoup de chances dans ses malheurs. Un peu moins aimé que Die Hard 1 & 3, le second opus de la saga est confié à Renny Harlin, piètre (et parfois sympathique) réalisateur. La preuve par le CV : précédemment, son Freddy 4 est l'un des pires opus de la fameuse saga ; plus tard, dans les années 2000, Peur bleue un navet complaisant ; L'exorciste, le commencement, un film qu'on lui confie après l'éviction d'un premier metteur en scène ; tout de même, Profession Profiler surnage largement.

 

Die Hard II se déroule dans un aéroport soumis au contrôle de pirates terroristes [encore !? - et issus de terres traditionnellement ennemies des USA, pour l'anecdote] tentant de libérer un de leurs otages en ordonnant que le débarquement des vols soient ''suspendus'' et menaçant la vie de milliers de passagers. Plus bavard que le premier, Die Hard II est bourré de facéties [les morts ou situations grand-guignolesques sont multipliées], sans doute plus amusant, d'autant que le scénario réserve un fort quota de rebondissements, mais en contrepartie moins voluptueux [la mise en scène en tout cas l'est nettement moins, loin des raffinements de Piège de cristal].

 

Si l'écriture paraît perdre encore en subtilité, et les personnages parfois manquer de chaire [dans le genre relations bidons bien développées dans des échanges explicatives à la naiveté absolue, le film dépasse même de quelques foulées son prédécesseur], la mécanique de 58 minutes se déploie sans entraves, grâce à une intrigue se voulant un peu plus ''complexe'' et surtout des allures de spontanéité qui font le charme des réalisations de Harlin. Les moments ''émotions'' assez mal flanqués dans Die Hard [heureusement peu expansif sur ce plan] fonctionnent ici. A l'image du film, ils sont un peu trop fabriqués, mais suffisamment espiègles pour prendre du relief à l'écran. Dommage que les scories grasses d'Hollywood viennent briser le bel équilibre du film dans son dernier quart-d'heure : signes de croix avant atterrissage, prière déclamée et filmée avec emphase, overdose de bonnes nouvelles confinant au burlesque fanfaron -et made in US quand même... Cet élan de joie n'est pas partagé, même s'il ne doit pas tromper sur la qualité du métrage.

 

Il y a un grand regret cependant, que beaucoup ont émis : un JCVD en plus émacié, les narines dilatées et le regard vide et fixe, ça ne fait pas un méchant. Celui-là n'a pas le charisme et encore moins le goût de la petite vanne subversive, de ceux des opus de McTiernan [Die Hard 1 & 3]. La vraie gueule, ici, c'est Grant/John Amos, hilarante caricature sur pattes de major obstiné avant que son portrait ne devienne le plus obscur et donc le plus intéressant de tous. Plus violent, plus subtil formellement mais extrapolant des faiblesses de son prédécesseur [en somme, plus d'idées, moins de suprême élégance pour les représenter], 58 minutes est un bon divertissement, pas sans quelques lourdeurs, mais tendu, efficace et bien sûr spectaculaire.

 

 

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UNE JOURNEE EN ENFER (DIE HARD 3) ***

3sur5 Après le réussi mais finalement frustrant 58 minutes pour vivre, John McTiernan reprend le poste de metteur en scène pour la seconde suite de son Die Hard avec lequel il redéfinissait les règles du blockbuster action hollywoodien. Plus question de huis-clos, il s'agit cette fois d'un jeu du chat et de la souris enveloppant toute la ville de New York. Et il y a toutes les raisons de se réjouir, car revenu à New York [et ayant, de surcroît, perdu contact avec son épouse toujours à LA], John McLane est plus que jamais dans son élément.

 

Les méthodes se sont affinées et la fuite vers un humour saccadé cède beaucoup de terrain à l'action pure ; plus rentre-dedans, Une journée en enfer prend son petit monde de front. Bien plus foisonnant, bourré de détails piquants et de situations rocambolesques [les fans en auront pour leurs anecdotes], Die Hard 3 bénéficie surtout de ses recrues de qualité, à savoir Samuel Lee Jackson et Jeremy Irons. Mais le progrès est à tous les étages, l'ensemble des personnages dépassant l'état de cliché au lieu de se contenter de le ''parodier'' comme c'était le cas dans Die Hard premier du nom [pas tant pour le second opus, quoique très niais pour le traitement de ses atouts bloqués en altitude] ; toujours un peu démonstratif au départ [Lee Jackson avec ses enfants dans la scène d'exposition], le film fait voler en éclats toutes les figures imposées avec lesquelles il flirte.

 

Plus vif que jamais et même assez destroy, Une journée en enfer vire au buddy-movie en parvenant à esquiver la pochade potache. Au contraire, le spectacle, pourtant plus opportuniste et sarcastique que jamais, en est contemporain, s'acharnant à sautiller auprès des limites du politiquement correct [tout en restant, naturellement, sage malgré tout]. Il faut surtout louer les petites énigmes pédagogiques de ce méchant machiavélique, maniéré et vicieux [quand celui de Piège de cristal était trop ''typique'' sans doute, trop ''normé'', si cruel fut-il]. En faisant agir à distance McLane et son acolyte [''Jacques a dit...''], dès lors tout est permis et c'est cette ouverture qui donne toute l'envergure de survival urbain déjà côtoyée dans Die Hard. Pour le côté déceptif, la réalisation, bien que très ambitieuse et d'une efficacité ahurissante, n'a pas la grâce de celle de l'original. Mais c'est assurément le seul aspect ou Die Hard 3 ne tire pas le potentiel de son modèle vers le haut.

 

 

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DIE HARD 4 - RETOUR VERS L'ENFER  * 

 

1sur5 Souvent, l'opus ''de trop'' d'une saga se reconnaît à un contre-pied malheureux, l'option pour la banalité (soit l'avatar ou recours évident). Forcément, il s'en trouve en décalage avec ses prédécesseurs ; cela, on l'admettra. Presque quinze ans après le dernier opus de la saga Die Hard, le refus d'assimiler son style est, hypothétiquement, tout à l'honneur d'une entreprise qui manifeste ainsi sa volonté de redonner un sens ''contemporain'' au modèle dont elle s'approprie le nom.

 

Malheureusement, Die Hard 4 est un sacrifice de tout ce qui a fait la force et le charme d'une franchise qui dans les 90's représentait ce qu'Hollywood pouvait faire de mieux dans le domaine de l'action. Ici, les facéties sont disséminées en quelques lambeaux vaguement fidèle à cet esprit opportuniste et indiscipliné, atout bancal du tryptique originel : le mot pour détendre est rare et faux, désormais. L'absence de cette illusion d'un spectacle spontané pèse lourd et ôte son semblant d'énergie à ce ''retour vers l'enfer''. Nous trouvons là un film d'action passe-partout, 100% ancré dans son époque effectivement, 100% docile et conforme à ses standards aussi.

 

Après l'immeuble, le site aéroportuaire puis la ville-état, l'échelle grandi encore : cette fois, c'est l'état tout court et tout entier que les ennemis de l'Amérique tentent de s'approprier. Ils ne sont plus les mêmes, ces vrais ou faux terroristes, et puis le 11 septembre est passé par là : cette fois, les méchants sont des hackers. Que les puristes ne s'inquiètent pas : les petits derniers, encore plus fort que les pas gentils charismatiques d'avant, citent carrément Lénine ! On savait que le propos des Die Hard n'avait jamais volé haut, mais cette fois c'est un record. Et un bel anachronisme, pour le coup.

 

L'idée d'un buddy-movie générationnel, dont la mise en place est cohérente après la tournure quelque peu ''Arme fatale'' de Die Hard 3, est plus intéressante. Mais le principe est mal pourvu tant les deux témoins ne sont que d'horripilantes singeries du réel auquel le film voudrait se raccrocher. John McLane n'est plus le petit réfractaire à l'autorité et ressemble ici à une sorte de version décontractée du Mel Gibson contemporain [celui de Ce que veulent les femmes et Hors de contrôle] ; le chien fou devenu ''adulte'' quoi, ou simple vieux con s'assumant fièrement comme tel. Willis est un père hors-du-coup, un flic déshérité, mais bon, il est cool, il paraît qu'il a vécu, alors tout va. Le portrait de l'ado qu'il est chargé de protéger frôle quand à lui la plate bouffonnerie. C'est un jeune geek aux idéaux pré-mâchés, tendance paranoia post-moderniste et hégémonique. Et jusque-là tout va bien, il y a même matière à s'amuser. Puis ça tourne mal...

 

D'abord l'enjeu est simple : le dinosaure saura-t-il encore faire face à ses adversaires omniscients à l'heure du tout-numérique ? Désuet, bidon même, mais pourquoi pas. Mais il n'y a pas que ça qui préoccupe McLane, bientôt métamorphosé en moraliste alors qu'à ses côtés le puéril contestataire se repent lorsque le chaos surgit, pour de vrai. Ce pas franchi, avec une dose abusive de sérieux plombant, n'existe plus que le surplace frénétique, la péripétie sans grâce [une petite farce ludique tout de même – le montage ''spécial USA'']. Les relans prohibitifs, aussi, eux dont il n'était pas question dans les films de McTiernan.

 

A l'arrivée, ce n'est rien d'autre qu'un outil de genre ''bien'' fabriqué [deux scènes épatantes se démarquent ; l'assaut de l'appartement du jeune homme et le combat avec la fiancée du commandant pirate très affecté] par un yes-man, comme on en a vu et en verra à tant d'autres occasions. C'est très peu et c'est surtout très loin d'une résurrection. Juste une façon de ranger une marque mythique dans la grande étagère de la bouillie débilitante qui est le lot hebdomadaire (pour schématiser) de l'action-movie contemporain. Alors oui, pas de quoi s'insurger, Die Hard 4 est un produit de son époque.

Par videodrome - Publié dans : Sagas
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Jeudi 14 juillet 4 14 /07 /Juil 00:00

4sur5 C'est un sujet radical et osé que Bertrand Blier aborde dans Beau-père. S'écartant plus encore des certitudes de ses contemporains (et des notres), il choisit de confondre ce que d'autres appelleraient l'inceste en une rencontre. Il donne à voir aussi une autre réalité ; le désir étant ici commun aux deux parties (et alimenté délibérément par la jeune fille), il n'y a ni souffrance ni violence dans cette situation hors-norme. Beau-père, c'est un peu Lolita version soft. Et romantique.

 

Elle a le choix entre rejoindre un père brutal, distant et alcoolique, ou rester avec celui qui l'a élevée depuis huit ans. Elle prend l'option du beau-père. Comme dans Le Bossu, le père de substitution est aussi l'initiateur à l'Amour.

 

Blier embrasse son sujet sans réserves, mais le traite avec finesse et décence, sans jamais chercher à être scabreux. C'est un amour pur, aucunement graveleux, motivé par une histoire commune plutôt que par des instincts fugaces. Lorsqu'on choisit cette optique, pas moins dérangeante voir plus encore car elle tend à ''normaliser'' et à idéaliser la situation, c'est moins un sentiment de culpabilité qui accable le transgresseur qu'une angoisse devant l'interdit et les sanctions d'un monde qui ne veut rien voir, rien savoir.

 

L'oeuvre n'est donc pas le spectacle d'une décadence, ni une vaine provocation. Ses protagonistes n'y sont pas entraînés vers les abymes, simplement leur expérimentation est auscultée, avec tendresse, envie et pudeur. Pendant un temps le tandem envisage de vivre sa romance au grand jour, lorsqu'il sera l'heure, soit lorsque la loi des hommes s'effacera et que ne restera plus que leurs regards dédaigneux et écœurés. Mais Blier se veut réaliste jusqu'au-bout ; ce sera une passion-transition. Dès lors le film est davantage la découverte de la pulsion de vie par une adolescente, ses premières expériences, ses premiers contacts avec le monde des adultes. Beau-père est une mise en scène de fantasmes pleine de simplicité ; ce n'est pas un film-fantasme, il ne cherche pas l'ivresse, il cherche juste à comprendre et à susciter l'empathie pour une alliance monstrueuse a-priori, si triviale et sincère en vérité. Désacralisation, pour ne pas dire dédiabolisation, réussie pour un résultat charmant et, comble de l'audace, serein.

 

 

Note globale : 80

 

Film Français de Bertrand Blier (1980)

Avec Patrick Dewaere

 

 

Par Videodrome - Publié dans : Polémiques & films Chocs
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