BEAU-PERE ****
4sur5 C'est un sujet radical et osé que Bertrand Blier aborde dans Beau-père. S'écartant plus encore des certitudes de ses contemporains (et des notres), il choisit de confondre ce que d'autres appelleraient l'inceste en une rencontre. Il donne à voir aussi une autre réalité ; le désir étant ici commun aux deux parties (et alimenté délibérément par la jeune fille), il n'y a ni souffrance ni violence dans cette situation hors-norme. Beau-père, c'est un peu Lolita version soft. Et romantique.
Elle a le choix entre rejoindre un père brutal, distant et alcoolique, ou rester avec celui qui l'a élevée depuis huit ans. Elle prend l'option du beau-père. Comme dans Le Bossu, le père de substitution est aussi l'initiateur à l'Amour.
Blier embrasse son sujet sans réserves, mais le traite avec finesse et décence, sans jamais chercher à être scabreux. C'est un amour pur, aucunement graveleux, motivé par une histoire commune plutôt que par des instincts fugaces. Lorsqu'on choisit cette optique, pas moins dérangeante voir plus encore car elle tend à ''normaliser'' et à idéaliser la situation, c'est moins un sentiment de culpabilité qui accable le transgresseur qu'une angoisse devant l'interdit et les sanctions d'un monde qui ne veut rien voir, rien savoir.
L'oeuvre n'est donc pas le spectacle d'une décadence, ni une vaine provocation. Ses protagonistes n'y sont pas entraînés vers les abymes, simplement leur expérimentation est auscultée, avec tendresse, envie et pudeur. Pendant un temps le tandem envisage de vivre sa romance au grand jour, lorsqu'il sera l'heure, soit lorsque la loi des hommes s'effacera et que ne restera plus que leurs regards dédaigneux et écœurés. Mais Blier se veut réaliste jusqu'au-bout ; ce sera une passion-transition. Dès lors le film est davantage la découverte de la pulsion de vie par une adolescente, ses premières expériences, ses premiers contacts avec le monde des adultes. Beau-père est une mise en scène de fantasmes pleine de simplicité ; ce n'est pas un film-fantasme, il ne cherche pas l'ivresse, il cherche juste à comprendre et à susciter l'empathie pour une alliance monstrueuse a-priori, si triviale et sincère en vérité. Désacralisation, pour ne pas dire dédiabolisation, réussie pour un résultat charmant et, comble de l'audace, serein.
Note globale : 80
Film Français de Bertrand Blier (1980)
Avec Patrick Dewaere