NACHO CERDA : LA TRILOGIE DE LA MORT ***

Publié le par Videodrome

La Trilogie de la Mort réunit trois courts-métrages de Nacho Cerda, réalisés sur une quinzaine d'années et précédant son premier long, le mal-aimé Abandonnée.

Si le premier opus peut largement être ignoré et tenu pour un bon film de fin d'études, le second est un briseur de tabous d'une impudence salutaire et le dernier un exercice de style visant la perfection.

Ce tryptique néglige largement le scénario (sauf peut-être Awakening) et la parole pour leur préférer la recherche de sensations inédites, dérangeantes ou sublimes. Mission accomplie : l'ensemble est beau et déroutant.

 

 

 

 

 

AWAKENING**

3sur5Avec ce court-métrage de fin d'études, Nacho Cerda entamait sans le savoir sa Trilogie de la Mort. Le pitsch est simple et loufoque ; un étudiant s'endort en classe avant de se réveiller dans l'intemporalité. L'immersion est réussie mais ce petit film fauché manque cruellement d'originalité, voir de sens, au-delà de sa trame minimaliste. Jusqu'aux révélations finales justifiant l'inscription du film dans la fameuse trilogie, Nacho Cerda se contente d'un simple exercice de style, dans le fond assez scolaire. Le leitmotiv ''métaphysique'', jamais dépassé, apparaît plus comme un cache-misère que comme une authentique proposition. Néanmoins, la vision de l'imminence de la Mort, vers laquelle s'achemine ce film de 8 min, est sincère et satisfait la curiosité, sans être renversante. Par son caractère abscons et ses effets, naifs et lourds mais indéniablement séduisants sur le plan purement esthétique, Awakening a tout de même un certain charme. Quoique rien n'y laisse présager un auteur de génie.

 

Note globale : 57

 

Court-métrage espagnol de Nacho Cerda (1990)

 

 

 

 

   

 

 

AFTERMATH ***

 

3sur5 Dans une morgue : travail de déballage et récupérage d'organes sous toutes ses formes. La besogne, quoi : que du bonheur (et des intestins qui traînent). Un des praticiens semble peiner à se ''contenir''. Il a l'air de pester en silence ; il retarde la résurgence de ses instincts. Bientôt, il ira donner vie à ses pulsions en allant s'expérimenter sur le corps d'une jeune fille décédée. Viol par arme blanche ; et puis, oh, après tout, il n'est jamais trop tard...

 

Cerda ne cherche pas à rendre ''l'objet'' sensuel, il préfère le présenter sous un cachet clinique et élégant. Cette sophistication du malsain débouche sur ce qui constitue, en outre, sans doute l'une des ''boucheries'' les plus raffinées qu'il ait été offert (POAKd'Iskanov a son concurrent direct). A l'inverse de Awakening, la réalisation ici est parfaite, ultra réaliste, ample et précise.

 

Le nouveau cinéaste aspirait à mettre en scène la beauté paradoxale (parce qu'éthiquement ''inacceptable'') d'un geste ; et il a réussi, de façon paroxystique. Il nous berce avec le Requiem de Mozart et n'autorise aucun dialogue (comme dans Awakening), laissant seul le spectateur devant ''l'expérience'' (c'est une option positive). Après tout, à quoi bon faire du cinéma, à quoi bon faire tout simplement, si ce n'est pas pour ré-envisager le Monde comme si soudain il était nu ?

 

Note globale : 70

 

Court-métrage espagnol de Nacho Cerda (1994)

 

Notoriété>1.500 sur IMDB ; 35 sur allocine

Votes public>65 sur IMDB ; 60 sur Allocine (France)

 

Cinémas de l'extrême...Henry, portrait of a serial killer + Philosophy of a Knife + A Serbian Film

Perversions incompatibles avec le Monde Moderne...The Human Centipede (first sequence)

Cervelle nature... Hannibal + Hellraiser II, les Ecorchés/Hellbound

 

 

 

 

 

La somptueuse scène finale (à partir de 5:20)

 

Voir le film sur Youtube, partie 1

 

GENESIS

 

4sur5 Le dernier opus de la trilogie, le meilleur. Aux scènes-chocs d'Aftermath succède un film tout aussi brillamment mis en scène, mais absolument emphatique et en cela en total contrepoint avec l'état des lieux clinique de son prédécesseur, voir même de Awakening. Un scuplteur achève la statue représentant sa défunte épouse ; mais le statue saigne sans raisons et le ciment se craquelle...

 

Avec un sujet si romantique, Cerda trouve le meilleur écrin de la trilogie pour développer un fantastique poétique. Il incruste au quotidien dépressif et anxiogène de son héros des scènes de cauchemars inspirées. L'oeuvre baigne dans un lyrisme mortifère exquis. Ce travail du sublime culmine lors d'un final beau à s'en damner, subjuguant toute la dimension tragique de cet amour aliénant et perdu à jamais. Le Concierto para Oboe, version Luis Cobos, en fait un moment magique.

 

Genesis n'est évidemment pas aussi dérangeant que Aftermath, néanmoins sa vision finale interpelle l'esprit et trouble les sens. L'oeuvre ne cherche pas la démonstration et le scénario reste minimaliste, orienté tout entiers sur les sensations du protagoniste solitaire. Il ne s'agit que de mettre en images un idéal baroque de la création ; un vaste programme auquel Cerda parvient à se mesurer. On se souviendra de ce grand petit film aux envolées dignes du Ridley Scott le plus en formes.

 

 

Note globale : 78

 

Court-métrage espagnol de Nacho Cerda

 

Notoriété>500 sur IMDB ; 30 sur allocine

Votes public>73 sur IMDB(légère tendance f.) ; 70sur Allocine (France)

 

 

 

 

Et pour ceux qui ont vus, il faut choisir :

 

 

 
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Publié dans COURT-METRAGES

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J
<br /> <br /> Une trilogie intriguante que celle de Nacho Cerda. Tout à fait d'accord pour the awaking. Là où on retrouve tes opinions originales, c'est avec Aftermath et Genesis. Intéressant de montrer qu'ils<br /> sont totalement en opposition, et que là où Aftermath se contente platement de montrer (et ne laisse apparaître que peu de sentiments mis à part un regard inquisiteur), Genesis tente vraiment de<br /> mettre des sentiments dans son film et d'illustrer la naissance d'une chose par la mort d'une autre. Le réalisateur a l'air de prendre confiance en lui, maintenant, il faut avoir vu l'étrange<br /> Abandonnée pour se faire son idée. Mais je pense que le public retiendra toujours Aftermath comme représentant de la trilogie, car nihilliste, esthétiquement bien léché et dont le caractère<br /> clinique colle plus à l'idée qu'on se fait de la mort dans notre société que de la belle métaphore que nous offre Genesis.<br /> <br /> <br /> <br />
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