LE NOM DES GENS ****
4sur5 Enfin une comédie française mainstream et citoyenne hors des sentiers de la beaufitude et de notre bien-penseance nationale. Bahia est une militante on ne peut plus investie ; elle couche avec les ''fachos'' pour les convertir. Cette catégorie englobe selon elle tout ce qui n'est pas ''de gauche'', évidemment, parce que si on commençait à faire des distinctions, ce serait la porte ouverte à toutes les fenêtres; Et ses valeurs, elle les porte jusqu'au bout : dans son combat actif, elle ne fait aucune distinction entre les races et les profils sociologiques. Elle rencontre Arthur Martin ; il a un nom de réac franchouillard, mais il est déjà converti puisque c'est un jospiniste (un peu démodé tout de même). Reste à le tirer de sa léthargie. Et puis, il s'occupe de la surveillance du virus H5N1, or il faut bien avoir une graine de facho pour travailler sur un sujet qui ne sert qu'à effrayer les foules (comme chacun sait, avoir peur fait voter à droite).
Michel Leclerc applique à cette romance compliquée un traitement fantasque et haut-en-couleur, quitte à en sacrifier le vraisemblable (l'impulsivité et l'inconstance de Bahia débouchent sur quelques séquences bigger-than-life). L'écriture vive et ciselée lui permet d'installer quelques gimicks, d'épater par les dialogues (« un jospiniste aujourd'hui, c'est aussi rare qu'un canard mandarin sur l'île de Rez ») et des séquences outrées parfois décapantes : ajoutez à cela la performance survoltée de Sarah Forestier, le jeu penaud de Jacques Gamblin et le caméo de Lionel Jospin, Le Nom des Gens a les arguments du film ''culte''.
Axé autour des questions d'identité nationale et d'identité tout court, le film fait voler en éclat les préjugés et tabous fondamentaux de la société française en particulier, mais aussi d'autres plus universels ; Shoah, pédophilie : Le Nom des Gens prend le parti de rire de tout et surtout de ce qu'il ne ''faudrait pas''. Il évite cependant la lourdeur et toute dimension tragique cheap (pourtant un passage obligé de la comédie plus ou moins lucide à la française), même lorsqu'une fatalité menace les parents d'Arthur Martin. C'est d'abord un film débonnaire et survitaminé sachant ménager quelques instants de grâce (le couple dépareillé Sarah/Arthur est, aussi, très beau) et ramener les caricatures à leurs vérités.
Qu'on se rassure, le film de Michel Leclerc n'épargne pas le gauchiste lambda. Ce dernier adopte les traits de Bahia et sa mère, dépeint comme un personnage radical, excessif et interdisant tout débat en monopolisant la parole. Le corpus de droite, incarné par les parents limite frigides d'Arthur, est quand à lui usé, assez puritain, hors des réalités sociales et la discussion avec celui-là n'existe carrément pas puisque tout est prétexte à offenser les bonnes moeurs.
Le Nom des Gens est fier de sa morale hédoniste et de ses visées de cohésion et d'harmonie sociale. La perspective est sans doute loin du réel, mais les auteurs ne doivent pas s'interdire de la mettre en scène : ils effectueront par là un vrai acte militant. A une époque ou les relents xénophobes et sécuritaires refont surface, ou le progrès est mis en cause, ou la morosité et le pessimisme gangrène la France, voici un film qui tombe à point nommé.
Note globale : 84
Film français de Michel Leclerc (2010)
Avec Sarah Forestier, Jacques Gamblin