2011 : PREMIER BILAN

Publié le par Videodrome

 

Onze films sortis cette année sont abordés & classés par ordre de préférence : BLACK SWAN ; ANIMAL KINGDOM ; ARRIETTY ; HARRY BROWN ; SCREAM 4 ; RANGO ; 127 HEURES ; FIGHTER ; ESSENTIAL KILLING ; LE DISCOURS D'UN ROI ; THOR.

 

 

black-swan-2011-14580-559664933BLACK SWAN ****

4sur5  Après l'escapade ''réaliste'' opérée avec The Wrestler, Darren Aronofsky revient au trip cinématographique, lorgnant carrément vers le film-fantasme. Mais alors que tout semble formellement les opposer (sur les notions de réalisme, de lenteurs, d'esbroufes et d'emprunte esthétique), Black Swan a toutefois un point commun majeur avec son prédécesseur : les deux films se concentrent sur deux technocrates en leur domaine forcés non plus d'accomplir la besogne avec excellence, mais de sublimer leur vie intérieure sur la scène.

Nina (par une Nathalie Portman qui réconciliera tout le monde), jeune ballerine dont la maîtrise n'est plus à prouver, est chargée du rôle principal pour une représentation prestigieuse du Lac des Cygnes. Femme-enfant parfaitement taillée pour incarner le Cygne Blanc, elle devra toutefois laisser émerger des facettes refoulées de sa personnalité pour interpréter le Cygne Noir. Aronofsky fait vivre ce challenge à la première personne, omettant tous points de vue externe, confondant les réalités plus ou moins effectives ressenties sous le prisme du regard de Nina. Autrement dit, le spectateur l'accompagne dans sa perte de contact avec la réalité pour participer à la fusion avec son personnage et son objectif ; l'art passion, l'art total. 

Dès lors, Aronofsky ne s'astreint à aucune démonstration pour justifier le présent, il fait avancer son film dans un espace baroque qui n'est plus habité que par la folie et les obsessions de Nina. Il esquive aussi l'idéal d'un cinéma purement psychanalytique, travaillant des sentiments simples en les exacerbant pour leur conférer la dimension tragique et grandiose qu'ils recouvrent pour l'être qui les expérimentent : on est alors proche du Lynch le plus ''sensitif''. L'association s'arrête là, à cette démarche précise et ne concerne que le geste – Lynch perce les abscès du réel en invitant le monde intérieur des personnages à l'écran ; Aronofsky, plus graphique que naturaliste, ne se consacre plus qu'à ce dernier, sur une tonalité dyonisiaque.

C'est sur ce point que les rares détracteurs du film (déjà culte) s'engouffreront ; Black Swan est ''too much'', c'est un film plein de boursouflures, de symboles millénaires comme, pour aller au plus évident, le double du miroir ou le test de Rorschach. Mais c'est une aventure et pas une collection de reliques. Ces symboles sont les signes du psychisme éclaté de Nina, ils monopolisent son existence, elle plaque la définition de sa quête et de sa personne sur eux. Ils deviennent les stigmates d'une épopée intime et foutraque.

Il restera essentiellement de Black Swan son ampleur de conte mature. Le thème est la mutation, l'ensemble prend des airs d'espèce de guide de vie à l'usage des esprits paranoiaques, introvertis, maladifs ou aimant, dans leurs égarements, à s'identifier comme tels. Nina est un personnage passant d'un état léthargique enfantin [sa mère, qu'on pourra rêver de voir subir les pires souffrances par la main d'une fille revancharde, l'entretient dans un cocon et une morphologie de petite fille éternelle, désexualisant son enfant] à celui de femme complète. L'ambition professionnelle et les aspirations sexuelles font muter le personnage, passer du stade d'enfant à celui de cygne noir ; elle ne devient femme que dans la foulée, son combat consiste, pour rattraper le temps perdu, à allez jusqu'à devancer le temps présent. Paradoxalement, si elle sort d'une absence à elle-même pour s'épanouir absolument, en balayant tous ses repères, Nina se montre prête à mettre un terme à sa vie. Nina fait d'elle sa propre muse, s'abandonne à sa quête de perfection, jusqu'à y trouver le prétexte du plus beau des sacrifices. Elle n'a plus de questions, ne reste que l'impératif du sublime. Jusqu'à le rencontrer dans un dernier acte étourdissant et somptueux, de ceux qui ont le charme des parfaites dernières fois.

 

Note globale : 84

 

Film de Darren Aronofsky (2011)

Avec Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel

 

 

 

animal kingdomANIMAL KINGDOM ***

 

4sur5 Animal Kingdom commence sur un faux-semblant : lorsque Joshua devient orphelin, il semble que c'est l'occasion pour lui de prendre sa vie en mains et de rattraper le temps perdu. Récupéré par une famille avec laquelle sa mère avait coupé les ponts, il atterrit chez des criminels légèrement déjantés. Derrière les bonnes manières règne la mauvaise éducation ; cruels à la ville, ils sont aussi foncièrement sympathiques, solidaires et attachants. Ces quatre frères et leur mère réussissent à former une famille unie et épanouie, une véritable tribu devant l'adversité.

 

Mais déjà Joshua traverse le film l'air déphasé, complètement submergé par les événements et écrasé par sa condition. C'est bientôt la tragédie dans la maison du bonheur. Bien sûr, ses occupants sont protecteurs et libertaires, mais vivre au sein de cette micro mafia impose une lourde dette, car on trinque le plus souvent avec son côté sombre. Il y a peu d'intimité dans cette famille de secours. Face à la crise, le bloc est uni, mais l'individu totalement absout par le dessein du plus fort de la bande. Ils ne vous lâche pas, surtout pas s'il s'agit de tomber avec eux.

 

Un climat mortifère s'installe ; Joshua a perdu son cadre de vie, désormais son esprit subit de profondes écorchures, infligées par des bourreaux aimables et aimants, comme Janine, la mère de la fratrie, manipulatrice presque par nature, distribuant son affection pour tenir en otage les siens. Joshua est vidé, incapable du moindre élan, comme arraché à sa propre existence : ce sont les symptômes de ceux qui ne sont pas à leur place. Le dilemme du film, c'est de savoir s'il trouvera la force d'abandonner sa coquille, s'il aura le grain de folie suffisant pour tirer un trait sur tout ce qui le maintient encore à la surface.

 

Coup-d'essai, coup de maître pour le nouveau cinéaste australien, David Michôd. Avec gravité et respect, il filme la chute d'un clan, traitant ses personnages avec empathie mais sans idéalisme. Son Animal Kingdom, pétri par un lyrisme désabusé, offre à la fois une vision clinique, sans jugement, et profondément attachée aux détresses et aux espoirs individuels. Michôd n'a ni peur ni pudeur devant son sujet. Il ne joue pas la distance, ne prêche pas le second degré, n'admet pas non plus la pause et la demie-mesure ; il fabrique son film comme on monte au front. Idem pour le casting ; les interprètes sont des engagés, venus mettre à l'épreuve leur talent, car il s'agit de composer des personnages dépouillés de toute fioriture cinématographique, simplement, bêtement humains. Animal Kingdom est un film sincère mais surtout exigeant, loin du cynisme et de la désinvolture qui caractérisent de plus en plus le cinéma de masse.

 

A l'heure ou la critique loue les vertus expérimentales d'Essential Killing (existerait-il une copie privée pour la presse ?), Animal Kingdom, sans le chercher pourtant, sinon par quelques effets stylés mais discrets (les ralentis sont magnifiques), se pose comme l'expérience sensorielle du début d'année (si on omet, dans un tout autre genre, le Black Swan d'Aronofsky). Comme quoi, peut-être, l'écriture, les personnages et le scénario, ça compte aussi ; comme quoi, l'émotion ne naît pas que des longs plans fixes contemplatifs.

 

 

 

Note globale : 78

 


Film australien de David Michôd (2011)

Avec James Frecheville, Jacki Weaver, Guy Pearce, Ben Mendelsohn

 

 

 

 

ARRIETTY LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS *** 

3sur5 A l'heure ou ''l'aérien'' Hayao Miyazaki annonce sa retraite prochaine et alors que son alter égo ''terrien'' Isao Takahata ne se manifeste plus en tant que réalisateur (quoique son retour soit prévu pour des temps proches), Arrietty arrive comme pour rassurer les aficionados de la maison Ghibli, dont c'est la 18e livraison en un quart de siècle. La relève sera donc assurée : outre Miyazaki fils et ses Contes de Terremer plutôt mal accueillis, Hiromasa Yonebayashi apparaît comme le nouveau lieutenant de Ghibli, celui qui à l'avenir sera en mesure d'incarner ses valeurs (il est collaborateur de Miyazaki depuis Mononoke) tout en sachant réinventer la marque (Arrietty est l'adaptation d'un classique de la littérature britannique – que Miyazaki et Takahata envisageaient de transposer à l'écran depuis des décennies, comme c'était le cas pour les Contes de Terremer).

Solitude totale pour des mini-moi dans une grande maison ou arrive une portion de famille concrètement humaine. Le spectateur assimile d'abord la famille de la petite Arrietty à un tout petit cocon protégé du monde (complexe donc menaçant, ''insurmontable'') par ses coutumes et son savoir-faire ; mais le film se révèle loin du schéma ancêtres conservateurs/fraîche progéniture curieuse (filon déjà exploité par Ghibli, qui y mettait les nuances), loin aussi de tout manichéisme (il n'y a d'ailleurs pas l'once d'un ''méchant'' de quelque nature ici, juste une vieille femme excitée pour adversaire des liliputiens). Le récit s'articule essentiellement autour de la relation entre Arrietty et ses parents ou Arrietty et Ashô, jeune homme humain semi-tétraplégique sensible à l'existence et la vitalité de cette race minuscule. La richesse de ce duo contraste avec des personnages globalement esquissés mais relativement peu profonds (hormis sans doute la mère d'Arrietty). Puis entre l'hommage discret et la nouvelle formule avancée, on s'oriente vers le manifeste ''éco(lo)nomique''. Admirable traitement d'un choc des civilisations et de l'impossibilité de cohabiter ; on ne peut que s'approcher pour éviter de blesser cet Autre insaisissable.

Esthétiquement, c'est moins fulminant, moins touffu, plus posé, plus simple. A contrario de la politique contemporaine de l'image de synthèse, c'est l'art de l'estampe qui prime ici. Le statisme du dessin (ravissant par ailleurs) est contrebalancé par une mise en scène jouant avec brio des variations de taille (chaque pas au-dehors est une aventure avec Arrietty).

La narration demeure trop typique, marquée (à une conversion inopportune près : la bande-son disneyenne du générique) pour qu'on érige Yonebayashi en nouveau génie de la japanim. C'est néanmoins un nom à retenir et un cinéaste sur lequel compter ; son premier film est d'une splendeur permanente. Encore un qui réussi à nous captiver de la même façon qu'on hypnotise un enfant. 

 

Note globale : 73

 

Film Japonais de Hiromasa Yonebayashi (2011)

 

 

 

 

HARRY BROWN **   

3sur5  Il n'y a pas de doute, les fans d'Hortefeux vont apprécier. Pauvres cités aux mains de la délinquande juvénile, pauvres quartiers HLM pleins de mères de familles navrées et de membres du 3e âge sans défense. Dans un tel contexte et sans offensive efficace des autorités officielles, qui plus est lorsque vous avez tout perdu (épouse à cause de la déliquescence sénile, ami par la faute de petites frappes), il s'agit de réprimander en laissant ressurgir le vieux loup solitaire en soi.

Cette dimension réside dans Harry Brown, c'est indéniable ; on peut s'arrêter là en le taxant de formellement banal et humainement sordide viligante-movie haineux et anti-jeuniste. Mais ce serait un peu court. Pas si réactionnaire et renfrogné, l'oeuvre ménage le contexte, présente des jeunes mal nés enfermés dans un cercle vicieux. Il ne s'agit pas de s'obnubiler pour les conséquences sans en observer les racines ; toutefois, ce sont bien de jeunes tarés inconscients qui s'agitent à l'écran, des personnages de papier auxquels il manque une sacrée dose d'humanité. C'est une foule plongée dans les ténèbres de la misère et de l'anti-intellectualisme.

Ainsi malgré sa volonté de nuancer, Harry Brown passe largement en-dessous de l'état d'étude sociale sérieuse et pragmatique, qu'il ne semble viser que par pur prétexte. C'est dans le fond plus un film d'exploitation que du cinéma à charge ; dans ses conditions, la qualification de ''pamphlet sécuritaire'', si elle ne s'évapore pas, se trouve partiellement discréditée. Daniel Barber présente un personnage perdant ses repères qui, à l'heure ou il devrait se contenter de radoter, choisit d'écouter son coeur et ses instincts. L'auteur ne cherche pas à lui accorder la raison pour le justifier. Il explore une frustration, sans l'esthétiser ni la dénaturer, avec pour parti-pris une empathie sincère et sincèrement désengagée éthiquement. 

Cette vision très noire, sèche et amère, bafouant au passage les aimables notions de Bien, de Mal et de Bienséant est inévitablement, en un sens, attrayante. Elle s'adresse à la part hargneuse de chacun, celle prête à bondir devant l'injustice et l'absurdité subies par les destins fermés, invite à la colère en réaction au désespoir, mais aussi à la tentation de punir (deux façons de refuser que les crimes restent impunis à jamais). C'est un terrain glissant, mais cet Harry Brown maintient l'équilibre. Alors qu'il côtoie avec une complaisance très mesurée la pulsion de mort (celle qui anime les lost mind de service) et perverti la pulsion de vie (elle s'incarne dans la vengeance), c'est par son jusqu'au-boutisme scénaristique qu'Harry Brown échappe au commentaire idéologique.


 

Note globale : 57

 

Film UK 

 

 

 

 

SCREAM 4 **

2sur5   Déjà considéré par la majorité comme la meilleure suite de Scream, ce quatrième épisode évite soigneusement le tour de piste anachronique pour imposer un vrai renouveau à sa franchise. Plus bruyant, direct et tapageur, Scream 4 tourne en dérision la génération Facebook et abuse des nouvelles technologies. A l'heure ou les geeks ont pris le pas sur les cinéphiles purs, le public, blasé, réclame de "l'extrême", alors Ghostface est plus bourrin. 

Craven réitère dans l'optique du ''méta-film'', parvenant en ce sens à un coup-d'éclat avec la médiocrité simulée d'une intro ''Stab'' (les adaptations ciné des faits de Woodsboro dans la fiction) d'une dizaine de minutes ou plusieurs films dans le film s'enchâssent ; ce prologue prend la forme d'une pure série B contemporaine sans caractère, se contentant de remplir son cahier des charges dégoulinant et ou la chaire offerte est exaspérante et insipide. Au passage, Craven vilipende la pauvreté du cinéma horrifique des 2000's (Saw est directement cité).

Malheureusement, le ton ne sera pas tellement plus ambitieux pendant l'essentiel du métrage que pour les modèles pris en flagrant délit de raccourcis nanardesques. Pastiche de banale enquête sur un psycho-killer, Scream 4 ne s'attache à aucun personnage et fait se succéder une foule d'individus sans charisme et sans histoire. Le style est un peu pataud, un peu empressé et le récit, bavard, est pollué par une avalanche de micro-gags simplets niveau sitcom. Aussi, après une demie-heure de légèreté totale, c'est avec bienveillance qu'on retrouve des cinéphiles azimutés, alors que les pouffes étaient un peu trop de la partie (elles diluaient notoirement le plaisir de retrouver les trois protagonistes principaux, assez effacés).

Scream 4 est une farce totale recyclant les principes de mise en abyme des précédents opus pour les pousser au bout du bout de leur logique. L'objectif de Craven est clair : il opère un suicide ''moral'' auto proclamé et autoprogrammé et qui n'a de fait pour seule proposition que son cynisme à tout crins. Le film assume le parti-pris de la comédie pop-corn au cynisme transparent. Ce n'est pas traître, mais c'est un peu mesquin à force. Wes Craven pourrait, au moins un peu, faire semblant de nous mentir ; son défouloir n'en serait que plus convaincant, et la connivence du spectateur un peu plus libre et spontanée. Parce que pour ces raisons, ce n'est plus qu'une pantalonnade sans mystère, une sequel agaçante à force de n'exister que par le simulacre et le détournement d'auto-citation. Il semblerait que la saga devrait se prolonger pour que se forme une nouvelle trilogie : ou quand l'autodérision est la meilleure des couvertures...

Globalement, le film n'est pas mauvais et en tranchant pour le comique, il est plutôt bon sur ce terrain. Mais lorsque la tension devrait être à sa comble, on y croit pas vraiment ; néanmoins, Scream 4 se bonifie au fur et à mesure pour culminer lors d'un final qui enfin, retrouve les faveurs du spectateur qui espérait quelques audaces. A ce moment, Craven sait remettre en jeu ce qui compte réellement, c'est-à-dire la vie d'individus que nous apprécions, ne serait-ce que par la force des visions. Et si le dénouement et son épilogue n'impressionnent pas autant que ceux des premiers Scream, le nihilisme grand-guignol des tueurs démasqués parvient à élargir la réflexion du cinéaste. Il s'en est donc fallu de peu pour que Scream 4 ne soit en rien notable ; c'est néanmoins, comme Scream 3, un film anodin qu'on aura tôt fait d'oublier.

 

 

Note globale : 52

 

Film USA de Wes Craven (2011)

 

 

Voir l'article consacré à l'intégralité de la saga SCREAM (bientôy)

 

 

 

 

RANGO**  

2sur5   Rango marque les premiers pas dans l'animation du réalisateur de Pirates des Caraibes. Condensé de l'histoire du western à l'usage des enfants, le film multiplie les citations cinéphiles. Ca commence comme le trip sous acides d'un lézard (petite référence à Las Vegas Parano à l'appui), il y a toute une galerie de créatures et de rencontres hautes-en-couleur et un Johnny Deep explorant toutes les gammes de sa voix. 

Pour meubler la trame très fluète autour de la gêne et des espoirs d'un caméléon imposteur malgré lui, les auteurs ont eu beaucoup d'idées de saynètes. Le film est assez drôle, mais ça ne prend pas vraiment ; Rango ne sait pas rendre ses personnages attachants (ils sont trop superficiels), ni concerner le spectateur par leurs péripéties (pas l'adulte en tout cas, tant le scénario est léger et cousu de fils blancs), mais développe un univers aguicheur ne serait-ce que pour son esthétique néo-western inspirée de Terry Gilliam. En outre, Verbinski et son équipe son parvenus à faire, par endroits, de Rango un joli conte existentiel, galvaudé et souvent creux, mais parfois touchant.

 

Note globale : 52

 

Film USA de Gore Verbinski (2011)

Avec Johnny Deep

 

 

 

 

127 HEURES**

2sur5  En 2003, un randonneur téméraire se retrouvait le bras coincé au fond d'un canyon. Accompagné de sa fidèle caméra confidente, il allait passer cinq jours au fond du gouffre, avant de se soumettre à l'évidence ; pour retrouver la vie, il lui fallait sacrifier cet avant-bras. Aron Ralston fera un livre de ses aventures ; c'est alors que Danny Boyle, notre champion britannique toutes catégories de l'esbroufe, y aperçu le parfait matériau d'un nouveau film à sensations based on a true story, après son démagogue Slumdog Millionnaire.

Pour combler le minimalisme du pitsch, Boyle multiplie les micro-péripéties ludiques (rattraper un couteau tombé à terre, profiter des rayons du soleil). Une fois pris au piège, les péripéties du héros, campé par James Franco, se séparent entre sa lutte contre la fatalité et des flash-backs d'une sensiblerie saugrenue et forcenée, entre nostalgie des bonnes heures passées à arpenter les rayons de Decathlon et regrets de s'être comporté comme un ''jeune con égoiste'' ignorant les appels de sa famille.

Boyle adopte une esthétique publicitaire criarde comme jamais pour refléter le risque de basculement vers la psychose du personnage (il abuse d'ailleurs des échappées ''oniriques'' à répétition ; en outre, le trip ''interview sitcom'' est raté et très mal incrusté). 127 heures ébouriffe par sa réalisation hypertrophiée (split screen, accélérations stylisées, surcadrages, musiques tapageuses et omniprésentes)  et ses prises de vues des plus improbables. Boyle est tellement fier de sa maîtrise qu'à l'occasion il flirte avec le mauvais goût (quel intérêt esthétique dans le gros plan sur les narines du buveur depuis l'intérieur d'une bouteille ? C'est audacieux, mais c'est très moche, sinon simplement répugnant ; idem pour la petite foule de plans à la Blair Witch).

Curieusement, 127 heures est encore plus dans le rapprochement physique que Buried (dans lequel le combat pour sortir du cercueil alimentait le récit, au détriment des symptômes – soit l'inverse du cas présent), notamment en ne ratant rien des manifestations physiologiques liées à la situation du personnage [mais en restant très superflu, et même assez rigoureusement ''moral'' – rétention de la libido]. Tout aussi viscéral et tendu grâce à cela, 127 heures, en usant sans cesse de diversions faciles, n'a cependant pas le courage de son ''adversaire'' et prédécesseur. Il repose sur des ressorts scénaristiques infiniment plus démonstratifs et lourdauds. De ces deux survival à la première personne, 127 heures est peut-être le plus ludique, mais son impact est éphémère et James Franco est autrement plus agaçant (et cabotin ?) que Rodrigo Cortés. Les ébats psychologiques ou la niaiserie de la destinée (propos très Into the Wild cheap) achèvent le film sur un sentiment mitigé : le divertissement était heureux mais, dans tous ses coups d'esbroufes, Boyle n'a même pas songé à illustrer par la forme l'horreur de la situation. Son film est plutôt ''cool'' et cette coolitude sert un bon moment de cinéma, mais pas tant le talent d'un homme qu'on a vu accoucher d'oeuvres plus percutantes (la baudruche mais à fière allure Trainspotting) ou, surtout, quoiqu'en disent les éternels détracteurs, plus denses et humaines (28 jours plus tard).


 

Note globale : 51

 

 

Film UK de Danny Boyle (2011)

Avec James Franco

 

 

 

 

FIGHTER* (4/10=38) 

2sur5  Futur oscarisable du moment, Fighter est un drame psychologique sans ampleur doublé d'une chronique sociale ratée jonchée de poncifs. Né dans les décombres de l'Amérique populaire (on tend vers les white trash soft, ''adaptés''), un jeune boxeur accusant un passage à vide sera sauvé de sa misère originelle par les forces impénétrables de l'amour et de la remise en question. 

O.Russell semble survoler son sujet, comme pour imposer une distance respectueuse d'un auditoire potentiellement susceptible. Il délivre une nouvelle gentille fable à propos de la rédemption des rebuts du rêve américain ; on a déjà donné et vu la même en mieux. Tout ce qui semble soigné, c'est l'acheminement du récit vers son climax final, soit le match ultime de son héros. Les seuls qui méritent d'être récompensés, ce sont les acteurs, Amy Adams (la petite amie de Mark Wahlberg dans le film) en tête ainsi que Christian Bale, amusant cabotin avec cette énième métamorphose.

 

Note globale : 38

 

Film USA

 

 

 

 

ESSENTIAL KILLING *

1sur5  Quasi mutique, cette fuite à travers les neiges d'un taliban n'existe que par l'action, mais quelle action ! C'est une plongée totale aux côtés d'un survivant, sans fioritures et presque sans intervention extérieure. La mise en scène est impeccable, quoique balourde lors des pics d'intensité ; mais là n'est pas le problème. Se réduisant à l'état de survival décharné tout en rejetant le moindre commentaire social ou politique, Essential Killing ne fait que reposer sur un personnage dont on ne sait ni n'a l'occasion de deviner rien. Il apparaît alors aux yeux du spectateur comme le simple pion d'une épopée terre-à-terre et sans grâce, d'une platitude narrative certes délibérée, mais éprouvante. Il n'y a aucune tension, rien qu'un chemin de croix primaire, quoique sincère (mais c'est sans doute ce qui l'entraîne vers le fond : cette complaisance affirmée pour l'errace dans un no man's land anonyme). 

Bien sûr, la balade est somptueuse, évidemment les paysages enchanteurs officient en tant que contre-point idéal, mais elle a le don de n'être ni intime ni spirituelle quand le contexte et les effets déployés s'y prêtent avec insistance. Il faudrait accepter de se laisser aller sans se poser de quelconques questions or, quand la matière est pauvre, c'est difficile. Quand s'ajoute à mots couverts un propos dénonciateur convenu (c'est un peu "l'homme est un loup pour l'homme" par Skolimowski), c'est à désespérer.

Laissons ceux qui voudront y voir un bel essai sur la perte de repères avant la mort, ils n'ont pas tout à fait tort (question de perception). Mais c'est une course au vide à laquelle on assiste, et ce néant derrière le concept, c'est à chacun de savoir s'il veut y goûter. 

 

 

Note globale : 33

 

Film polonais de Jerzy Skolimowski (2011)

Avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner

 

 

 

 

LE DISCOURS D'UN ROI *

1sur5 Derrière le pitsch à faire minauder dans les chaumières (pauvre petit Roi qui bégayait, il a rattrapé son destin!), il s'agit d'une nouvelle fiction ou l'Histoire se voit soumise à quelques contorsions et raccommodages pour servir un propos attractif ; en outre, on façonne un destin héroique à un personnage authentique plein de potentiel mais somme toute passif voir absent dans les grandes pages de l'Histoire. Georges VI, père d'Elisabeth II, monta sur le trône suite à l'abdication de son frère aîné, préférant une femme divorcée à la couronne (dans l'Histoire et dans le film). Le bon Georges n'avait pas fière allure, mais un brave médecin, débonnaire et de bon conseil, autodidacte qui plus est, intervint en Sauveur. Ne ménageant pas sa Majesté, il jouait également le rôle de confesseur/thérapeute pour cet ancien vilain petit canard de la famille royale. Et ce nouveau Roi souffrait beaucoup ; rendez-vous compte, son frère, cet odieux progressiste au tempérament de fieffé capitaliste, l'avait encore devancé, et il fallait tenir la chandelle !

La dernière partie gagne en intérêt grâce à la confrontation à l'Histoire, la vraie. Mais là encore on reste circonspect ; comment peut-on ainsi inviter l'auditoire à se réjouir d'un succès individuel alors même que cette réussite n'intervient que pour la déclaration d'un conflit mettant en péril la collectivité ? Parce qu'en face, c'est Hitler. Ah oui, Hitler : alors là, c'est un peu comme la censure pour maintenir la démocratie : toutes les aberrations sont permises, la caution est imprenable. En bonus track, la 7e de Beethov' : quelle témérité !

C'est un  film au classicisme éprouvant, à la mise en scène prude et sans aucune initiative. Sans aspérité, sans style et sans saveur. Sans identité. Donc passe-partout : avec un grand sujet humaniste et de gros acteurs bankable, c'est du cousu main, du prêt-à-oscariser. Un ventre mou blotti sous une tunique royale. Ce film est un pleutre laideron, un concentré de cinéma inerte et impersonnel par définition.

 

 

Note globale : 30

 

Film UK

 

 

 

 

 

THOR *

 

1sur5 Tout d'abord, il est curieux que Kenneth Branagh ait été ressorti des vieux fonds de tiroirs par Hollywood pour réaliser la nouvelle adaptation d'un comics Marvel. En cela, Thor constituera bien un petit événement, du moins il aura sa place dans les mémoires de quelqu'un, à défaut d'imprégner l'inconscient collectif. Il y a peu à dire sur Thor, à part peut-être dans la forme. En effet, l'auteur du Frankenstein de 1995 a pu se permettre d'affirmer son style naif et ''shakespearien'', comme chacun ne manquera pas de le souligner, sur un écrin de prestige. De Thor, il a fait une fantaisie kitsch et c'est bien en cela que le film est le plus séduisant ; la mythologie est ringarde, mais les idées graphiques sont charmantes. Thor pourrait donc n'être qu'un simple divertissement geek un peu anachronique quoique pas désagréable. Malheureusement, au-delà de ses performances plastiques, le film est assez plat, voir n'est rien du tout.

 

La dimension tragique du frêle scénario n'est même pas détournée dans le but de concocter quelques beaux gimmicks illustrant avec excès le parricide, la convoitise, les trahisons et la déchéance divine. Tout dans Thor est cheap et édulcoré ; la pauvreté de l'imaginaire déployé vient emmener le film vers les bas-fonds. Et si l'antre dAnsgard a le mérite d'offrir une jolie petite balade graphique, toute l'escapade de Thor sur Terre, avec sa romance et son décalage élémentaires, tient de l'action-movie convenu. Dans ces conditions, on a même plus envie de couvrir nos bâillements, car la politesse elle aussi ne tient plus. C'aurait pu être une grasse récréaction, ça l'est pendant sa première demie-heure, mais c'est finalement juste un nanar industriel et inconsistant comme les autres, que sa légèreté assumée ne sauve pas. D'ailleurs au fond, personne ne semble prendre tout cela au sérieux, pas plus le spectateur que l'équipe du film (Nathalie Portman et Anthony Hopkins ne font aucun effort et leur j'men-foutisme est aussi prégnant que spectaculaire). Branagh lui aussi apparemment n'a pas l'air trop concerné ; il se dit peut-être que de toutes façons, on ne songera jamais à lui pour autre chose que de la figuration.

 

 

Note globale : 26

 

Film USA de Kenneth Branagh (2011)

Avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins, Tom Hiddleston

 


 

 

Moyenne globale des 11 films 2011 : 52sur100 (573/11)

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Publié dans 2011

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Commenter cet article
V
<br /> <br /> Non pas déçu, juste pas emballé. Seul le film d'un jeune cinéaste débutant, ancré dans un cinéma social et philosophique, encore inconnu du grand public, m'a séduit : Rien à déclarer.<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Ah oui, mais c'est trop underground pour moi, je préfère l'éviter. Je ne sais pas si tu connait Le Missionnaire, c'était une étude sur les sentiments primaires unissant les hommes et les femmes,<br /> avec un intellectuel très engagé, Bigard je crois. C'est un esprit très éclairé, à peu près dans la veine d'un Cauet ; leur pensée est articulée autour du fameux "tout le monde fait caca" ce qui,<br /> ça n'aura échappé à personne, est une phrase bien plus profonde qu'elle en a l'air. Puis, évidemment, je ne saurais trop te recommander Bienvenue chez les ch'tis, un véritable uppercut, un film<br /> réalisé au culot, défiant toutes les conventions narratives ; mais je suppose qu'on te l'a déjà recommandé. J'ai bien aimé Ma femme s'appelle Maurice aussi, très avant-gardiste, très périlleux<br /> dans son propos. Ca reste un grand film progressiste.<br /> <br /> <br /> <br />
V
<br /> <br /> Ouep.<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Eh bien, cette année t'aurait-elle déçue !?<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> <br /> Trop drôle ta dernière phrase sur 127 heures !<br /> <br /> <br /> Je comprend pas! apparemment, tout le monde aime Black swan quand on lit les commentaires, et dans le sondage le film est quand même que deuxième! C'est à devenir fou!<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Sur ma réponse à ton commentaire tu veux dire ?<br /> <br /> <br /> Oui, mais Requiem for a Dream est culte depuis bien plus longtemps, il n'a plus ses preuves à faire dans les moeurs cinéphiles. C'est déjà quelque chose qu'un autre film d'Aronofsky parvienne à<br /> le talonner !<br /> <br /> <br /> Et puis, les blogueurs et les commenteurs ne sont pas les seuls à voter ; les sondages sont aussi sur Pixule et Ciné-votes. Il y a aussi une population, peut-être moins cinéphile, qui s'exprime.<br /> Tant mieux, ça permet de s'approcher davantage de la réalité et d'instaurer un équilibre.<br /> <br /> <br /> <br />
V
<br /> <br /> Et encore de la figuration c'est déjà trop !<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Tu parles du real de THOR ?<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> <br /> Mon bilan :<br /> <br /> <br /> Black Swan 4/4 - The Green Hornet 4/4 - Frozen 3/4 - True Grit 2/4 -  Rien à déclarer 1/4 - 127 heures 3/4 - King's speech 3/4 - Fighter 4/4 - World Invasion 3/4 - Rango 2/4 - Sucker Punch<br /> 0/4 - Scream 4  3/4 - Titeuf 2/4 - Animal Kingdom 2/4<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Des notes globalement positives... Moi, encore une fois, je suis déçu par cette année qui commence. Je vois qu'on est en désaccord sur somme toute pas mal de film ; il n'y a que pour Black Swan<br /> & Rango que nous mettons les mêmes notes. Gros écart sur Fighter et King's speech !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je renvoie ceux qui ont vu autant de films que toi à ce sondage-bilan portant sur les premiers films marquant de 2011<br /> <br /> <br /> http://cinevotes.canalblog.com/archives/2011/05/01/21120753.html <br /> <br /> <br /> Il sera fermé le 20 Mai.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Tu cites certains films importants que j'avais complètement zappés ; il faudra que je rattrape ça pour le grand bilan 2011.<br /> <br /> <br /> <br />